Appel à contributions Revue sénégalaise des sciences de l’information / numéro 2 - LARSIC-EBAD- ETHOS-UCAD

Les savoirs endogènes en question
Sous la direction de Aminata KANE et Moussa SAMBA

  

    Cet appel à contribution s’inscrit dans la continuité des préoccupations philosophiques de Valentin Yves Mudimbe, qui prône la construction d’une “science autochtone” qui chercherait à appréhender les réalités socio-culturelles africaines en réinventant l’Afrique. Il est question d’une déconstruction critique des discours sur l’Afrique en reconstituant la Bibliothèque coloniale qui impliquerait la “fabrique” d’une archéologie des représentations de l’Afrique en dépassant les discours universalistes dominant portés par les « polices discursives » (Mudimbe, 1988 : 34). Car, en effet, pour l’auteur, « constituer la discursivité en objet, c'est supposer qu'en toutes circonstances il n'est pas possible de dire n'importe quoi, n'importe comment et en n'importe quel lieu, et que ces coordonnées définissent une identité énonciative. Dans l'espace discursif, le même se constitue dans l’autre, le dehors investissant le dedans par le geste même qui l’expulse. Le discours ne peut être reconnu et cru que s’il peut offrir la preuve du contraire. Le discours n’a raison que dans la mesure où l’on croit que c'est bien l'autre qu’il détruit et non son simulacre » (Bisanswa, 2000). Il est donc question d’investir les sciences humaines et sociales en analysant le regard neuf que peuvent apporter les savoirs endogènes aux études postcoloniales et aux sciences de l’information et de la communication dans la mesure où ils émanent de pratiques communicationnelles invitant à des réflexions sur les modalités d’appropriation, mais surtout sur la manière dont ces savoirs se construisent, se transmettent et se pratiquent au sein des communautés. Cet appel se propose de faire un examen critique sur l’adhésion, la contribution et la posture éthique et scientifique des chercheurs s'intéressant à ces savoirs.

      Le cadre thématique de cet appel sera décliné sous six (6) axes. Que pouvons-nous apprendre des savoirs endogènes ? Doit-on parler de savoirs ou de connaissances endogènes ? Comment peuvent-ils modifier le rapport aux savoirs scientifiques ? Comment caractériser leur place au sein de la communauté scientifique et dans les différents savoirs ? Quelle légitimité peuton conférer aux savoirs endogènes ? Faut-il nécessairement des stratégies de validations pour leur attribuer une scientificité reconnue ? Et quelle est la responsabilité des scientifiques, des organismes non-gouvernementaux et des organismes internationaux et des institutions documentaires (Archives, Bibliothèque et Musée) ? Cet appel ambitionne d’explorer les apports transversaux entre savoirs endogènes et savoirs exogènes, leurs points de convergences ou de divergences ou encore les stratégies de patrimonialisation qui peuvent être mises en oeuvre. La
patrimonialisation est ici entendue sous deux formes : la première entend examiner la diversité des savoirs dits locaux ou endogènes en les considérant comme des « objets patrimoniaux » (Davallon, 2006). La seconde implique l’examen des actions permettant de faire de ces connaissances matérielles, immatérielles, symboliques et sacrées des objets patrimoniaux destinés à être sauvegardés.

      Le comité scientifique invite les chercheurs à soumettre des contributions originales portant sur la thématique « savoirs endogènes en question ». Les propositions doivent partir d’une part de réflexions sur les enjeux de la préservation, de la transmission, de la circulation et de la validation des savoirs endogènes, et d’autre part, d’études de terrain et de recherches actions participatives.

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